Cette fois, pas de photos....... C'est pourtant un peu pour ca que j'ai crée ce blog. J'adore en faire, enormement ! J'adore les retoucher, les magnifier, les classer, les encadrer, rectifier mes erreurs de reglages, les partager, les imprimer.... Et pourtant, lorsque j'ai eu l'occasion de réaliser LA photo, celle dont on reve, qu'on idealise sans cesse ,je n'avais pas l'appareil !
C'est tout chaud, cela date de ce midi, a l'heure du repas, au moment de l'année ou les poissons adoptent les memes horaires alimentaires que les humains.
2 heures avant je chargeait tout le matos dans le coffre, surtout ma nouvelle canne, une marryat tactical en 10' soie de 5 4 brins. Je l'avait achetée cet hiver sur la baie et piaffait d'impatience de l'etrenner. J'avais meme réussi a patienter encore un peu, en laissant passer les 15 premiers jours de folie d'ouverture et son cortege d'excités et de neuneus en tout genre.
Bref j'étais chaud comme la braise en tournant la clef du demarreur de la bagnolle. Je ne pensait deja plus a ce satané appareil photo numerique. Il étais a la maison, la batterie entierement dechargée, "putain faut que j'en achete une 2eme, elle tiens plus celle la, merde"....et ......fallait partir, pas le temps de recharger...la riviere m'appelait. On ne transige pas avec ca !
J'elabore le plan de bataille pendant l'heure de trajet qui me conduit vers le graal. Ce sera ce beau radier qui ne m' a jamais vraiment reussi, mais qui est si tentant. L'eclosion démarre, pas besoin de se creuser les neurones peche. Le choix de la mouche est si simple en debut de saison ! Un bel assortiment de poils et de plumes a tendance brune sur un H12 est deja monté sur ma pointe lorsque 2 ou 3 ronds nerveux crevent la surface.
L'eau est un peu agitée sous ce radier et ils sont durs a reperer en ce debut de saison. Il faut reprendre le contact avec la riviere, ré-apprendre a l'observer. Ressentir un bruit qui trahit la presence d'un poison. Bref, tout ce qui rend la peche a la mouche si passionnante voire dévorante.
Ces 2 ou 3 gobages n'auront pas de suite. L'eclosion n'augmente pas vraiment en intensité, seules quelques march brown decollent vers leur destin fugace.
Et la, le gros doute quant au choix du poste . Les
éclosions sont elles deja plus en amont ? suis-je au bon endroit ? Ce
splendide coin va t il encore se refuser à moi ? Je decide de rester en
poste et de perseverer. J'ai trop le souvenirs de certains debuts de
saison ou j'ai passé l'heure du festin de MB a arpenter les bords de la
riviere, en voiture, et finalement rater ma partie de peche. Certains me
comprendront
L'eclosion a fini par s'intensifier, pas une folie comme on peu le voir fréquemment ici. Le plein soleil et la temperature si douce ont peut-etre refréné les ardeurs de nos cheres ephemères.
Décidement, pas de poisson dehors, jusqu'a ce que... mais oui, c'est bien ca, la , a une douzaine de mètres, oui ce leger remou a la limite de cette jolie veine d'eau. Je m'approche de quelques pas, OUI c'est un poisson , il est remonté cueillir sa pitance ! et a cet endroit et avec un tel gobage, c'est surement une truite !!!
La truite gobe de ci de la , tres discretement, assez irregulierement, sur un secteur de quelques metres carrés. Et soudain, certainement une erreur d'appreciation de sa part, ou l'envol inopiné d'une march brown, elle fait un ecart sur le coté droit dans sa montée et me laisse apercevoir une partie de son flanc. La braise qui coulait dans mon sang c'est muée en lave incandescente, c'est une truite serieuse, au moins 40 !
Ne pas se rater et faire ces erreurs de debut de saison et affrayer la truite.
Malgres le style de gobages qui semblait dire que la truite etais sur les emergentes, je fait 2 ou 3 passage avec mon imitation a gros hackles. Elle ne prend pas. Je change de mouche pour une un peu plus grosse, plus en rapport avec la taille des insectes qui volent desormais en nombre autour de moi. Meme refus.
Je met donc l'emergente que j'aurais logiquement du mettre des le depart. Je fait un beau passage, sans draguer, pile au bon endroit. Rien a faire, elle n'en veux pas ! En ramenant ma soie, j'observe un beau remou un peu plus a droite, elle a un peu bougé le temps que je monte ma mouche. Je sait ou elle est precisement maintenant, et je met toute mon attention dans ce coup de ligne. La suite est celle d'un reve que tout moucheur doit faire frequemment. Un beau posé , une belle derive , et l'instant magique de la montée franche et pleine d'assurance d'une belle truite, qui ne craint rien sur son petit coin de riviere, son domaine.
S'en est suivi un combat assez inhabituel. Dès qu'elle a senti la morsure du fer elle a quasi directement fait une chandelle. Ce n'etais plus de la lave qui parcourait mon corps, mais de l'uranium en fusion. Elle est grosse, tres grosse, tres tres grosse, waaaaaaaaa certainement ta plus grossse truite sauvage ! Fait pas le con !
Le combat a été lourd, tout en puissance, pas de rush vers l'aval, meme pas de demarrage violent. Non. Une simple obstination a rester la ou elle l'avait decidé. Juste une dizaine de metres en aval de la ou je l'avais férrée. Toute les 30 secondes d'un combat qui a duré plus de 5 minutes, elle se deplacait d'1 ou 2 metres et recommancait le meme manege.
Vers la fin du combat, sentant qu'elle ne gagnerais certainement pas la partie de cette maniere, elle c'est lancé dans un gros rush. Un demarrage violent vers le large, mais relativement bref, tant ses forces s'etaient amoindries. Ce fut son baroud d'honneur. Elle vint a l'epuisette apres un dernier sursaut. Et bien mes amis, pour une triute, c'est une truite ! Une truite de DORDOGNE magnifique et si racée....... Je l'observe, puis pense a l'APN, vite, il est ou ? merde.....................
Eh bien, ce n'est pas si grave ! J'ai pu me consacrer pleinement, pour une fois, a bien l'observer. La scruter dans ses moindres details. Quelle robe mes amis !!! Une queue large comme la main, superbe.......La truite sauvage d'une vie pour un pecheur comme moi, qui n'est pas hyper doué et qui ne peche que tres rarement a l'étranger, un peu en espagne.
Je l'ai réanimée patiement, longuement, avec douceur, et je l'ai vu repartir chez elle, limite un peu desolé de lui avoir fait mal....
Ce sera le seul poison que j'aurais vu gober de la journée, mais quel poisson ! La marque faite sur la canne m'indiquera, de retour a la maison, qu'elle faisait un petit peu plus de 55 cm. Quelle ouverture.... La marryat est maintenant etrennée. La saison commence.
En ecrivant ces lignes l'emotion me gagne et mes yeux brulent un peu.
Quelle émotion !!!
Ca vaut toutes les photos du monde..............
vince


